STATEMENT

“On ne perçoit pas le climat, on perçoit par le climat.“ Tim Ingold

De quelles manières la conscience de l’environnement influence-t-elle nos perceptions ? Comment cela fait évoluer la pratique de la photographie et ses usages, la transmission des récits ou les rapports aux paysages ?

À travers mes recherches j’utilise de nombreux médiums tels que l’installation, la vidéo plasticienne ou documentaire, la photographie, la peinture, la sérigraphie, le pochoir ou encore la production d’évènements. Mon travail se porte néanmoins principalement sur le fait d’imaginer les protocoles d’où émanent toutes ces formes. Par exemples, les notices de prises de vues photographiques que j’ai produites à l’origine du projet les Vaches de Monsieur Yoshizawa témoignant de la catastrophe de Fukushima. Mais aussi, la plateforme Internet d’échanges sur laquelle reposent les correspondances du projet Mémoires Contemporaines recueillant les critères d’anonymes concernant la conservation de leurs images numériques. Ou encore, le principe de cartographie du projet STRATES relatant les déplacements dans les paysages de la Métropole Montagne Grenobloise issus de perceptions sensibles de l’atmosphère. Ces protocoles permettent à n’importe qui de produire ou de participer à la production de mes œuvres. C’est d’ailleurs le cas pour bon nombre d’entre elles, qui sont le fruit de collaborations. Les images que je travaille sont ainsi soit offertes comme dans le projet les Vaches de Monsieur Yoshizawa ou Mémoires Contemporaines, soit produites par mes soins comme dans la série Paysages et Enfance, sans qu’il y ait de distinction. L’idée est de nourrir ma propre pratique par ces échanges, mais aussi d’aller à la rencontre des différents usages de la photographie aujourd’hui.

Par ailleurs, j’interroge par différents procédés la capacité à transmettre de certains matériaux, potentiellement propres à notre ère géologique : l’Anthropocène[1].  Ils sont le résultat d’activités humaines et/ou non-humaine, comme les particules élémentaires présentent dans l’air et dans l’eau issues des passages d’animaux, des pollens des plantes ou encore des plastiques, bétons, peintures à carrosserie ou de marquage, du goudron ou de l’or, etc. Je viens par exemple les confronter à certains usages de l’image en utilisant ces médias pour les incarner. Dans le projet STRATES, des pochoirs géants ont été imprimés industriellement sur plaques de Fermacell, découpés puis déposés dans différents environnements afin de s’imprégner directement des éléments présents dans ces paysages. Ou encore, lors de l’entretien intitulé Restaurer, j’ai interviewé Lucille Royan, Restauratrice au Centre George Pompidou. Je l’ai interrogé sur la prise en compte de la pérennité des matériaux dans la composition des œuvres des collections contemporaines et sur les problématiques que cela peut soulever en termes de restauration. L’œuvre Fukushima mon amour venait déjà, avant cela, interroger une pratique ancestrale du paysage et faire se rencontrer la composition d’un jardin zen japonais, avec des éléments tels que du goudron et des bulles de verre, en plus des traditionnels mousses et rochers.

Mon but n’est pas de montrer une quelconque forme d’altération des paysages par la pollution – au sens écologique et engagé – mais bien d’amplifier la perception de notre environnement actuel. Qu’est-ce que cette « trace » mêlée d’activité humaine et de processus considérés comme « non-humains », retrouvée sur mes œuvres, dit-elle de nous ? De notre époque ? Mes expérimentations s’apparentent donc plutôt à une tentative de perception augmentée de la réalité, à un déploiement sensible.

En tant qu’artiste, je me considère comme un passe-muraille. J’opère sans cesse des allers-retours entre les histoires individuelles et l’Histoire collective voir environnementale. J’ouvre des brèches, des passages, qui me permettent de faire dialoguer les différentes échelles de la mémoire humaine et non-humaine…

[1] Terme signifiant littéralement « l’Ère de l’humain » qui a été popularisé à la fin du XX e siècle par le météorologue et chimiste de l’atmosphère Paul Josef Crutzen.

BIOGRAPHIE

Yves Monnier est un Artiste Plasticien, né en 1983, qui vit et travaille en Région Auvergne-Rhône-Alpes, dans le Sud-Est de la FRANCE. Il a une pratique artistique variée et multi-médiums de photographies, sérigraphies, pochoirs, installations, vidéos, correspondances, évènements et protocoles. Dans ses recherches il explore les relations qui peuvent exister entre la mémoire, la matérialité des images et celle des paysages. Il entre à l’École Supérieure d’Art de Grenoble en 2003, obtient son DNAP en juin 2006, puis réside à Vilnius et étudie à la Fine Art Academy of Vilnius jusqu’à décembre 2006. Par la suite, il obtient son DNSEP avec Mention à l’École Supérieure d’Art de Grenoble en juin 2008. Membre du premier collectif des Ateliers des horizons de 2017 à 2018, au Magasin, CNAC de Grenoble. Depuis 2020, cet artiste travaille en partenariat avec des chercheurs du CNRS, du Laboratoire CRESSON, du Laboratoire PACTE et de l’Université Grenoble Alpes.

PARCOURS

C’est tout d’abord au sein d’un collectif de jeunes artistes plasticiens que j’ai fait mes premières expériences : le Collectif Sans Titre (CST) de 2004 à 2010, basé à Grenoble. J’ai ainsi eu l’opportunité d’exposer à plusieurs reprises dans des Centres d’Art (Lacoux en 2009, Espace Vallès en 2010, La Conciergerie en 2011) et lors de nombreux évènements d’envergure régionale comme de Parcours Départemental d’Art Contemporain de l’Ain en 2009, nationale comme les Résonnances de la Biennale de Lyon 2011 et internationale lors des évènements Concept App’Art organisé par le Collectif Sans Titre en 2008 et 2010 entre Marseille, Grenoble, Lyon, Mulhouse et Tokyo.

En 2014, j’ai été à l’initiative d’une collaboration artistique franco-japonaise avec la photoreporter Sayuri Arima et M. Masami Yoshisawa, paysant, dans le cadre du projet Les Vaches de Monsieur Yoshizawa (www.lesvachesdemonsieuryoshizawa.com). À la suite de quoi en 2017, j’ai développé le projet Mémoires Contemporaines (www.memoirescontemporaines.com).

De 2017 à 2018, j’ai été membre du Collectif Poisson Lanterne : premier collectif émanant des Ateliers des horizons, au Magasin, CNAC de Grenoble, qui a organisé entre autres une rétrospective Les Vaches de Monsieur Yoshizawa en 2017 ou l’évènement Contrée des Risques en 2018. Cela m’a amené à collaborer avec Bétonsalon, Centre d’art et de recherche, Paris, lors d’événements de la Fondation Daniel et Nina Carasso, Nous ne sommes pas le nombre que nous croyons être.

Aujourd’hui, je suis représenté par la Galerie l’Antichambre basée à Chambéry en Région Auvergne-Rhône-Alpes, dans le Sud-Est de la FRANCE et participe annuellement depuis 2018 à la Foire d’art contemporain de Zurich.

Je travaille depuis 2020 en partenariat avec de nombreux chercheurs en Humanités Environnementales entre la France et les États-Unis notamment sur les Chantiers de Recherches STRATES du Projet de l’Agence Nationale de la Recherche Sensibilia basé à Grenoble et Still on the Map : learning from Mississippi Delta de l’Université Grenoble Alpes en partenariat avec l’Université de Bâton Rouge, Mississippi, USA.

BOOK

CV

Listing des œuvres récentes

En lien : https://www.facebook.com/monnieryves

En lien : www.lesvachesdemonsieuryoshizawa.com

En lien : www.memoirescontemporaines.com